C’est l’équation à laquelle font face les services sanitaires du monde entier : comment faire pour que le nombre de lits de réanimation soit plus important que celui des malades présentant des formes sévères de Covid-19.

Jamais le taux d’occupation de ces lits n’aura été autant suivi, mesurant ainsi la performance des établissements hospitaliers face au coronavirus et évaluant le niveau d’alerte.

Généralement, les lits de réanimation sont destinés aux patients se trouvant dans un état de santé dégradé. Il est équipé d’un moniteur qui surveille en temps réel la fréquence cardiaque et le taux d’oxygénation.

«Le lit de réanimation est réservé aux malades graves qui ont besoin d’un support de respiration et d’alimentation et d’une surveillance 24h/24. Leur séjour à l’hôpital, en cas de Covid, est de deux à trois semaines», explique le Pr Ryad Mehyaoui, chef de service anesthésie-réanimation et membre du comité scientifique de lutte contre le coronavirus.

A en croire les derniers chiffres officiels, la capacité d’accueil des malades dans les services hospitaliers Covid-19 à travers le territoire national est actuellement de 49,49% pour les hospitalisations et de 38,66% pour la réanimation.

Ces places en réanimation sont des chiffres nationaux, englobant les wilayas dans lesquelles les tensions se font sentir et celles qui ont enregistré moins de cas de contamination.

Les chiffres détaillés montrent que ce taux est plus élevé dans certaines wilayas à forte densité de population, comme Alger, Blida, Tizi Ouzou, Sétif, Saïda, Constantine et Bordj Bou Arréridj, où le taux d’occupation des lits se situe entre 51 à 80% selon la wilaya, a détaillé Lamia Yacef, directrice adjointe des services de santé au ministère de la Santé dans une déclaration à l’APS.

De son côté, le directeur général de l’établissement hospitalo-universitaire (EHU) Mustapha Pacha, Benana Abdessalem, a fait savoir que 250 lits supplémentaires d’hospitalisation et 90 lits de réanimation seront mobilisés, si la situation épidémiologique venait à s’aggraver.

En tout et pour tout, le nombre de lits de réanimation en Algérie dépasse le millier à travers le territoire national (certains évoquent le chiffre de 2000, difficilement vérifiable), disséminés dans plusieurs services médicaux.

«Le problème des lits de réanimation se pose, durant cette pandémie, dans tous les pays du monde : l’Allemagne a pu mobiliser plus de 20 000 lits de réanimation, mais la France en a juste un peu plus de 5000.

Quoi qu’il en soit, à cause de cette crise sanitaire, le nombre de lits de réanimation ne sera jamais assez suffisant», commente le Pr Mehyaoui. Le fait est que ces lits dotés d’équipements sophistiqués exigent un coût considérable et des ressources logistiques importantes pour les mettre à disposition des patients.

«Cela nécessite, nous dit le Pr Mehyaoui, une logistique lourde. Néanmoins, lorsque l’on parle de malades admis en réanimation, il est important de savoir quelle est la part des patients ventilés et intubés.» Pour donner un maximum de chances de survie, nous explique-t-il, la pandémie oblige les médecins à prendre des malades en réanimation même s’ils n’ont pas besoin d’intubation. «Le fait est que ces malades ont surtout besoin d’oxygène, professe-t-il.

Les médecins choisissent de les mettre en réanimation pour leur donner un maximum de chances de survie, évitant ainsi des complications éventuelles. Ils n’ont pas assez de marge de manœuvre, et ils font formidablement leur travail, ce n’est pas un reproche. Mais cela fait que les hôpitaux sont saturés, avec d’importants taux d’occupation des lits de réanimation. Or, en réalité, le nombre de patients intubés est faible. Cela biaise l’utilisation rationnelle des capacités en lit de réanimation.»

Le fait est que, comme nous l’expliquait récemment le Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectiologie de l’EPH de Boufarik, le nombre de cas sévères de coronavirus est plus important ces dernières semaines et que certains malades décèdent avant même d’atteindre le seuil des services de réanimation.

Pour ce qui est de l’approvisionnement en oxygène, le professeur Mehyaoui explique qu’il n’y a pas de baisse du débit d’oxygène dans les hôpitaux mais la consommation importante, due au nombre d’hospitalisations pour cause de Covid, entraîne une pression. «Nous savons aujourd’hui que la base du traitement de la Covid est l’oxygène.

De ce fait, la consommation a nettement augmenté et le mécanisme, qui fonctionnait bien avant la crise, paraît aujourd’hui dépassé, ce qui nécessite une augmentation de l’approvisionnement des hôpitaux en oxygène», souligne-t-il.

Il reste à savoir, aujourd’hui, si les capacités hospitalières pourront tenir le cap ; dans le cas où le nombre des contaminations au coronavirus continue sa courbe ascendante.

Car si le rythme d’augmentation du nombre des malades graves nécessitant d’être placés en réanimation se poursuit, les capacités d’accueil pourraient finir par être rapidement saturées, amenant le personnel médical à choisir les personnes à sauver.

 

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