La sittelle de Kabylie est ce joli petit oiseau aux belles couleurs bleu et orange, avec un sourcil noir et qui a la particularité d’avoir souvent la tête en bas. On peut approcher les sittelles jusqu’à près de 3m. Elles se laissent photographier et filmer sans crainte.

Belle journée que ce vendredi 15 octobre. Il y a un soleil éclatant dans un ciel azur, limpide, qui donne à l’automne cette lumière si particulière qui révèle joliment les couleurs de la nature. Celle-là même que recherchent les chasseurs d’images. Nous avons redouté la veille, à notre arrivée à Mila et Oued Endja, appelée aussi Redjas, à mi-chemin entre Mila et Ferdjouia, d’être contrariés par la météo.

Un désastre pour une escapade dans la nature prévue depuis un mois. La belle journée qui s’annonçait nous a requinqués. Nous partons à l’assaut de djebel Tamezguida, le plus haut sommet de la wilaya de Mila, qui culmine à près de 1600 m d’altitude, dont la ligne de crête sépare les wilayas de Mila et Jijel. C’est là que nous allons tenter de débusquer la sittelle kabyle, ce joli petit oiseau aux belles couleurs bleu et orange avec un sourcil noir et qui a la particularité d’avoir souvent la tête en bas. Ce petit passereau est l’emblème de l’avifaune algérienne (voir encadré). Il est endémique à l’Algérie et plus spécialement à une région que se partage les wilayas de Sétif, Jijel et Mila.

C’est-à-dire qu’on ne le trouve nulle part ailleurs dans le monde que dans une dizaine de sites de cette région de l’Est algérien. Pour l’instant, nos deux guides (voir encadré), photographes amateurs, qui chassent les belles images, y compris celles de végétaux, d’animaux, surtout d’oiseaux, nous ont parlé d’un endroit qui n’aurait pas été visité parce que d’accès difficile à 1300 m d’altitude sur le flanc nord-est de Tamezgida, dans la forêt d’Oulbane, près du lac des serpents, et où la sitelle kabyle est présente et visible à tout moment. Un régal en perspective.

Nous sommes quatre à prendre la route. En plus des deux photographes de Mila, nous sommes accompagnés d’une ami, grand naturaliste devant l’Eternel, passionné également de photo. Il en a environ pour une heure. De Oued Endja, nous prenons vers l’ouest la RN79 vers Ferdjioua puis de là au NW vers Tamemtout par la RN77A et avec la RN77 qui mène de Tamentout vers l’ouest à Beni Aziz, dans la wilaya de Sétif, on entre dans l’un des sanctuaires de la sittelle, celui de Tamentout, le plus vaste après celui de la forêt du Guerrouch dans le Parc national de Taza (Jijel).

Monts et vaux se succèdent col après col

Par cette matinée lumineuse du vendredi, nous sommes pratiquement seuls sur la route. Les paysages sont à couper le souffle. Les reliefs sont moins acérés que les ceux de la chaîne des Babors qui se dessine au nord derrière et qui sépare cette région tellienne de la mer qu’on entrevoie par moments. Monts et vaux se succèdent, col après col.

Le vert des forêts sommitales cède la place à l’ocre des basses collines qui enserrent le fond des vallées que se partagent les cultures et les rares agglomérations, des mechtas. Mais ici encore, les habitations individuelles sont dispersées dans le paysage au gré des propriétés privées. Après la route nationale, nous empruntons une piste qui n’en finit pas de monter pour arriver à la dernière habitation devant laquelle nous garons la voiture. Il faut continuer à pied.

Chargés comme des mules de sacs au dos qui contiennent le matériel photographique, nous commençons l’ascension d’une pente de plus de 45° qui nous mène de 1000 à 1300 m d’altitude sur un terrain rocailleux et glissant. On comprend alors pourquoi l’accès est difficile. Il nous faudra une bonne heure pour venir à bout de la pénible pente et pour atteindre la forêt sommitale de Oulbane, qui commence avec la petite dépression du lac des serpents complètement à sec. Nous devons encore marcher pour grimper et nous rapprocher au mieux du sommet de la forêt de chênes zeen qui devient plus dense.

Nous ne sommes pas seuls, il y a des gens arrivés après nous au bord du lac plus bas. Des cris d’enfants, des éclats de voix, des bruits de moteurs, des coups de hache dans les arbres. Nous avions découvert des traces de pneus sur les rives du lac, des 4×4 qui peuvent venir par des pistes sur le versant de Jijel nous explique notre guide.

«Je l’ai eue»

Appareils photos avec leurs gros téléobjectifs en bandoulière, notre groupe commence sa progression vers le haut, les oreilles tendues pour repérer l’oiseau rare par son chant et son cri. La progression est lente et silencieuse, pas de sittelle pendant de longs moments. On décide alors de l’appeler avec les enregistrements de son chant. Toujours rien, il faut bouger et se séparer. Puis, une réponse derrière nous, Yahia l’un des photographes retourne, on l’attend. Il revient en regardant l’écran de son appareil «je l’ai eue», nous a-t-il murmuré. La première photo de la journée. Sublime !

Et puis le ballet des sittelles a commencé. En veux-tu, en voilà de la sittelle. Il en est venu de tous les côtés bien que le soleil soit au zénith, le moment où ces oiseaux réduisent leurs activités. Mais, il fait encore assez frais, la mousse qui recouvre les majestueux chênes est toujours humide.

Les photographes s’en donnent à cœur joie. On peut approcher les sittelles jusqu’à près de 3 m. Elles se laissent photographier et filmer sans crainte. Les photographes s’arrêtent de temps à autre, ils discutent sur les meilleurs réglages, les meilleures prises de vue, le choix des arrière- plans. Le matériel qu’ils souhaiteraient avoir pour faire de plus belles images encore. Ils peuvent élever la voix, les sittelles en redemandent. Un régal.

Nos amis chasseurs d’images jubilent. Des photos de l’oiseau rare, endémique, il y en a plus qu’il en faut. Elles ne sont pas encore publiques, elles seront publiées d’abord sur les pages personnelles des photographes et celles des associations de photographes animaliers.

 

Les chasseurs d’images

Abdelmoumen Boumaza, 70 ans, a un parcours très riche. Vétérinaire de formation, ses pérégrinations partout en Algérie et dans les parcs et réserves à l’étranger ont fait de lui un naturaliste avéré et un ornithologue accompli. C’est devenu aussi un passionné de la photo qui a mis son hobby au service de la protection de la nature dont il est un fervent défenseur.

Noureddine Belfethi, 48 ans, est originaire de Mila. Il est technicien supérieur en électronique sorti de l’Enelec de Boumerdès. Il travaille aujourd’hui en free-lance dans l’infographie. Sa première photo date de 2017, un paysage. Puis il s’est formé seul avec des vidéos sur YouTube. Pour se dégourdir les jambes, il est allé se promener de plus en plus loin dans la nature et photographier les oiseaux parce que c’est le plus facile. Aujourd’hui, il a une collection de photos inédites de 60 espèces d’oiseaux.
Yahia Boucheboura, 39 ans, technicien supérieur en climatisation, originaire de Oued Endja, réside et travaille à Boumerdès où il exerce dans la climatisation. La photo n’a pas de secret pour lui. Les appareils, les téléobjectifs et leurs accessoires n’ont pas de secret pour lui, quels que soient la marque et le modèle. Il a pris sa première photo e 2012, un papillon sur une fleur. Il est également à la photo animalière en se documentant.

 

La Sittelle de Kabylie

Son nom savant est Sitta ledanti. Elle aussi appelée sittelle de Ledant, du nom de Jean-Paul Ledant, son découvreur au djebel Babor (Sétif) en 1975.
Elle vit notamment dans les forêts où l’on trouve le sapin de Numidie dans lequel elle creuse son nid. Elle vit aussi dans le cèdre de l’Atlas et elle affectionne également trois sortes de chênes : le chêne-zeen, le chêne-afarès et le chêne-liège. Elle mesure entre 11,5 et 12,5 cm pour un poids d’environ 18 g. La sittelle se nourrit d’insectes en été et de graines d’arbres l’hiver.
On la trouve au sommet du djebel Babor (Sétif) à plus de 2000 m d’altitude. 12 couples dénombrés en 1976 – 20 couples en 1977, les observations se situent ensuite également à 1450 m avec 82 couples estimés en 1982 par J-P Ledant. Elle vit aussi dans forêt de Guerrouch (Parc national de Taza-Jijel) au nord-est du Babor, où l’espèce est présente dans les vieilles futaies de chêne- zeen, et en 1990 dans les forêts de Tamentout et de Djimla (Jijel- Mila) à l’est du Babor. Ses effectifs pourraient ne pas dépasser les 1000 individus.
Elle a encore été observée en 2018 dans les Beni Afeur (Jijel) le site le plus à l’est du djebel Babor. En 2019 au djebel Djarda (Jijel) et en 2020 aux djebels Tloudène, Tazegzaouet et Sendouh (Jijel).
Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 9 sites répartis en îlots, dont le plus grand est celui du Guerrouche répartis dans un triangle entre le Guerrouche, le djebel Babor et la forêt de Djimla. Rassemblés, ils couvrent environ 25 000 ha.
Depuis 1994, la sittelle kabyle est considérée par l’Union internationale pour la conservation de la nature comme «en danger».


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