Que sait-on réellement de ce personnage ? Sheshonq ou Chachnak, dont le nom est orthographié de 4 ou 5 façons différentes, est le premier pharaon de la XXIIe dynastie. Tous les historiens s’accordent sur le fait qu’il possède des origines libyennes.

Fierté, étonnement, amusement, indignation ou circonspection, c’est avec des sentiments mitigés que beaucoup d’Algériens ont découvert une statue monumentale du pharaon Sheshonq érigée sur une place publique de la ville de Tizi Ouzou, à l’occasion de la célébration de Yennayer, le Nouvel An berbère.

Les images de cette statue de 4 mètres de hauteur d’un personnage imposant aux muscles saillants, habillé d’une toge et muni d’un sceptre royal, ont vite fait d’enflammer la Toile, suscitant la controverse autour de l’opportunité d’honorer un pharaon égyptien.

Le monde n’étant plus qu’un village global, la polémique a instantanément rebondi sur les rives du Nil où certains Egyptiens ont commencé à crier au détournement de l’histoire ou à la confiscation de symboles nationaux.

Il est vrai que le nom de Chachnak a fait son apparition dans la sphère culturelle berbère il y a de cela quelques décennies déjà.

Si son nom a été admis au panthéon des références amazighes, c’est parce que l’Académie berbère, une association culturelle et militante très active dans les années 1970-80, avait un jour décidé de lancer un calendrier berbère.

Après moult recherches et débats, le militant et chercheur des Aurès, Ammar Negadi, choisit de faire démarrer le calendrier à partir de l’an 950, date à laquelle Chachnak, un roi aux origines berbères, avait accédé au trône de pharaon et maître de l’Egypte.

Que sait-on réellement de ce personnage ? Sheshonq ou Chachnak, dont le nom est orthographié de 4 ou 5 façons différentes, est le premier pharaon de la XXIIe dynastie. Tous les historiens s’accordent sur le fait qu’il possède des origines libyennes.

Ce qui est à peu près admis est que Sheshonq 1er fut un prince d’Héracléopolis, une ville antique égyptienne appartenant à l’une des riches familles libyennes, les Mechouech, qui s’étaient installés dans le Delta depuis longtemps et avaient étendu petit à petit leur territoire jusqu’au Fayoum.

Ces Mechouech berbères détenaient la force armée du royaume et leurs chefs sont devenus très puissants.

A tel point que, Sheshonq 1er, fils de Nimlot, grand chef mechouech, prit le pouvoir à la mort de Psousennès II, dont il était le général en chef des armées et le conseiller. Sheshonq 1er s’imposa donc comme pharaon pendant 21 ans, à partir de l’an 950 avant notre ère.

Des îles Canaries à Siwa en Égypte…

En fait, il ne s’agit pas d’un fait isolé mais du début de ce que les historiens appellent la «période libyenne» dans l’histoire ancienne de l’Egypte. Cette période libyenne ou berbère court sur près de trois siècles. L’Egypte est dominée par des dynasties libyennes installées dans le Delta du Nil, et les Sheshonq furent 5 à se transmettre le pouvoir du pharaon.

Voilà donc pour ce que l’histoire retient de ce pharaon qui trône aujourd’hui sur un piédestal à Tizi Ouzou. Sollicité pour donner son point de vue sur la question, Brahim Tazaghart, écrivain et militant de longue date de la culture amazighe, tient à préciser de prime abord que le territoire de Tamazgha va des îles Canaries à Siwa en Egypte. «Cela veut dire que Tamazgha a toujours été dans une relation très étroite avec l’Egypte. A la base, les deux partagent l’origine hamite, un même territoire et beaucoup de dieux, comme Amon. Chachnak est un Egyptien d’origine amazighe, qui a pris le pouvoir pacifiquement en 950 avant notre ère.

Nous, nous regardons la chose, non pas avec le regard de l’Etat national d’aujourd’hui, mais avec une vision qui rend les choses dans leur contexte de l’époque. Nous sommes en train de reconstruire une histoire, une identité, et cette identité est très riche par ses hommes et ses événements qui ne sont pas toujours écrits par les autochtones mais dont on retrouve les traces un peu partout dans le monde.

En adoptant Chachnak comme référence, ce n’est pas une concurrence que nous faisons à l’Egypte par rapport à son histoire, mais nous sommes dans le partage historique. Comme Amon était un dieu commun des deux peuples, Chachnak était commun aux deux peuples aussi.

Face à la mondialisation destructrice des nations et des Etats qui s’articule autour des divisions religieuses, identitaires, linguistiques ou autres, nous devons développer une stratégie de convergence et d’unité essentiellement entre les peuples de la rive sud de la Méditerranée», dit Brahim Tazaghart.

Du point de vue de l’interlocuteur, Chichnak est donc tout indiqué pour être l’entame ou le point de départ du calendrier amazigh.

«Quant à cette polémique, il y aura toujours des polémiques, car il y a toujours des forces qui ne veulent pas que les choses avancent et se clarifient. Ils sont là au nom du halal et du haram, au nom d’une territorialité mal placée, d’un patriotisme mal assumé, etc. La territorialité ne signifie pas qu’on doive couper toutes nos relations avec ceux avec lesquels on partage une histoire millénaire», dit encore Brahim Tazaghart.

Un colloque sur l’histoire de l’Algérie

«On peut retrouver les traces de Chachnak et de toute sa famille au musée du Louvre, à Paris, mais il faut que les gens sachent que la dynastie de Chachnak n’a pas renié son amazighité. A l’arrivée de la 25e dynastie, qui était éthiopienne, les chefs amazighs avaient gardé leurs signes distinctifs, à savoir deux plumes sur leurs couvre-chefs. C’était un empire, il y avait des rois perses, éthiopiens, égyptiens, amazighs, car un empire prend beaucoup de territoires et il est composé de beaucoup de peuples. Ce n’était pas un Etat-nation comme ceux d’aujourd’hui», explique-t-il.

En conclusion, suite aux polémiques nées de l’érection de cette statue en l’honneur du roi Chachnak, nous avons appris, toujours auprès de notre interlocuteur, que l’Assemblée populaire de la wilaya de Tizi Ouzou organisera prochainement un colloque sur l’histoire de l’Algérie, de l’Antiquité à nos jours. 


Post Views:
8



Source link