Samedi dernier, Moonia Aït Meddour a fait un joli pied de nez à la sinistrose ambiante et au confinement qui, depuis des mois, l’a soustraite de l’exercice de son métier. Son concert a été récompensé par un gratifiant accueil sur la Toile.

 

Elle a été suivie en direct par près de 600 internautes si l’on ne doit s’arrêter qu’au nombre des like : «D’habitude, j’enregistre des vidéos et je les poste sur Facebook.

Mais sans vrai feed-back, cela reste frustrant car rien ne vaut d’être en osmose avec le public. Faute de cela, on est en train de périr à petit feu. J’ai besoin de m’accrocher à l’espoir et à ce qui est positif. Comme tous les artistes de notre pays, j’ai également besoin du contact tonique avec le public. Dans ce sens, le live c’est fabuleux. Les réactions instantanées par des textos ou des sticker qui défilaient sur mon écran d’ordinateur, me donnaient l’impression d’être en salle.»

Bien que rivée sur une chaise derrière un pupitre, en «ambianceuse» expérimentée, elle a su garder ses fans sur une heure de temps variant entre le ludique et le touchant. La performance n’est pas mince sachant qu’elle ne bénéficiait que d’un étroit et fixe cadrage pour une captation basique.

Néanmoins, elle a su utiliser au mieux l’avantage du plan moyen qui peut centrer le regard du spectateur sur le sien, sur les expressions de son charmant minois cerné ce jour d’un savant décoiffé de sa chevelure. Le tout a été conforté par sa décontraction, les suggestifs déhanchés de son corps et des bras soulignant les mélodies et le tempo des chansons.

Cela ne faisait pas regretter l’absence de jeux de lumières et autre spectacularité d’une mise en scène. Moonia comptait sur le mezzo-soprano de sa voix au timbre velouté, sur son art de faire passer l’émotion afin d’accomplir l’essentiel : «Quand je me produis, je ne calcule pas tout. On se prépare, on répète, mais il y a aussi la magie de l’instant qui s’insinue tant pour l’artiste que pour le public. Car s’il y a l’exigence de l’œuvre, il y aussi l’émotion qui s’impose à vous et qui prend les commandes.

De la sorte, la voix se révèle dans la justesse de la spontanéité.» Sous ces auspices, son spectacle a acquis toutes les caractéristiques d’une gaâda avec le soutien complice au synthé de Lotfi Bouchebbah, son manager, et de Nabil Bourmani à la percussion. Le programme, dans une déclinaison nostalgie, reprenait des standards de la chanson algérienne judéo-arabe avec Lili Boniche en particulier dont son entraînant et mélancolique Qalbi majrouh ou encore le festif Aïe, aïe, comme je l’aime, puis des reprises de chansons kabyles avec en particulier un coucou à Ammour Abdennour et une pensée au regretté et Abdelkader Bouhi. Au final, l’expérience s’étant révélée concluante, Moonia compte rééditer le rendez-vous pour ce samedi après-midi avec un autre programme tout aussi festif.

C’est tant mieux, à ce moment alors, Facebook sera débarrassé, pour certains, de ses doubabs et autres pollueurs qui l’encombrent. Mais, et après ? Elle attend la fin du confinement pour sortir son album, son premier. Son titre Kane ya ma kane est celui d’un des titres de l’album : «Je l’ai voulu éclectique, très fusionné. Il est un pont entre le patrimoine et la création, avec une partie reprise (chaâbi, kabyle, adaptation de musiques anglo-saxonne) et mes créations que j’ai inscrites au même niveau d’exigence artistique.

L’ennui, c’est que tenter de le sortir dans les conditions actuelles, c’est courir à l’échec, ce qui est arrivé à des amis. Il faut dénicher un bon créneau parce qu’il y a plein d’événements qui surviennent et qui court-circuitent toute initiative. Mais également, j’attends de trouver un bon contrat. J’ai produit l’album à mes frais. En conséquence, je ne veux pas céder mes droits sans garanties.

Et puis, sur le plan de la promotion, ils sont rares les éditeurs qui peuvent remplir les conditions d’un bon lancement. Vous savez, les producteurs ne sont pas portés sur un travail qui a des ambitions en termes de qualité et qui ne soit pas strictement commercial. Ensuite parce qu’il y a des reprises, ils sont hésitants parce qu’il y a moins de gains à réaliser en raison des droits à reverser. Enfin, comme on n’est plus dans la situation où on écoute seulement de la musique et qu’il faut qu’elle se regarde, il faut qu’il y ait un clip qui accroche pour soutenir la sortie d’un album.» C’est en connaissance de cause que Moonia parle.

En plus d’être comédienne et chanteuse, elle est diplômée en sciences de gestion, option management. Elle a d’ailleurs exercé en tant que spécialiste de management culturel, ce qu’elle pratique encore mais occasionnellement dans le consulting lorsqu’elle est sollicitée.


Post Views:
0




Source link