Le professeur Abdelhafid Aourag, directeur de la recherche scientifique au MESRS, évoque, dans cet entretien, la stratégie arrêtée par la tutelle en matière de développement de l’enseignement de l’IA dans nos universités.

Selon lui, cette stratégie, contenue dans un «Livre blanc» repose essentiellement sur la formation des jeunes chercheurs en IA, la détermination des besoins technologiques des secteurs socioéconomiques et l’établissement de l’éthique régissant les pratiques de la recherche dans ce domaine.

Propos recueillis par  Amina Ahres

 

-Quel regard portez-vous sur l’enseignement de l’IA dans nos universités ?

J’aimerais bien rappeler d’abord que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avait organisé, en décembre 2019 à Constantine, les assises nationales de l’Intelligence artificielle (IA). Nous avons fait appel aux compétences exerçant en Algérie et à l’étranger pour mettre en place ce que nous avons appelé le «Livre blanc» fixant la stratégie nationale 2020/2030 dans le domaine de la recherche, du développement et de l’enseignement de l’IA. Nous avions prévu de présenter ce livre blanc à la presse, mais nous avons dû reporter cela en raison de la crise sanitaire qui prévaut dans le pays.

Il faut savoir que le levier de cette discipline, ce sont les mathématiques et non pas l’ingénierie mécanique. Elle est composée de deux parties : le développement et les principes fondamentaux de l’IA et ses applications que nous utilisons tous. Il s’agit d’applications d’algorithmiques qui ont été développées par des mathématiciens sur des modèles mathématiques. Nous avons alors séparé, dans le livre blanc, les 2 aspects. Si nous cherchons à nous positionner par rapport au fondamental, je dirai que nous sommes encore assez loin par rapport à ce qui se fait dans le monde. Mais nous ne sommes pas si loin. Nous sommes à peu près à la 2e place en Afrique, en termes de production et de positionnement des travaux dans l’application de l’IA, soit dans l’utilisation de cette dernière dans le domaine de l’ingénierie, l’industrie et la santé.

-Concrètement, que propose le «Livre blanc» en terme de promotion de l’enseignement de l’IA en Algérie ?

Le document en question recommande la mobilisation davantage de mathématiciens pour que nous puissions nous investir dans l’IA. Il fait l’état des lieux des compétences algériennes exerçantes, ainsi que leurs compétences, le positionnement de l’Intelligence artificielle en Afrique et dans le monde. Nous avons également défini la stratégie de formation dans l’enseignement supérieur, les cursus et les formations doctorales qui seront bientôt mises en place. Et ce n’est pas tout. Le livre blanc donne aussi des indications au gouvernement sur la méthode à suivre pour introduire l’IA dans tous les autres secteurs socio-économique. Cette stratégie va subvenir au besoin de tous les secteurs. Pour cela, nous allons mettre en place des écoles d’ingénierie dans ce domaine. Il y a une école qui est déjà fonctionnelle au niveau de Béjaïa, dont une des branches de l’IA y est enseignée, en l’occurrence le Big data et la cybersécurité. L’ouverture d’une école d’ingénierie est également prévue au pôle universitaire de Sidi Abdellah.

-Y a-t-il un lien entre la formation en IA et l’industrie ? Et comment pourrait-elle servir le domaine industriel en Algérie ?

Aujourd’hui, nous sommes à l’ère de l’industrie 4.0 (industrie connectée et interconnectée). Donc, nous allons devoir mettre à niveau toute notre industrie. Nous avons très peu d’usines connectées où l’on pourrait faire usage de l’IA. L’industrie en Algérie est beaucoup plus une industrie de chaînes de montage et de production. Il faudrait aller vers des usines où l’action humaine sera minimisée le plus que possible.

C’est la raison pour laquelle nous avons lancé des appels à projets thématiques sur le rôle de l’IA dans la santé, l’agriculture, mais aussi les sciences sociales. Nous avons pu collecter plusieurs projets, qui sont en cours de traitement, traitant des différents aspects de l’IA dans chaque secteur économique.

L’Algérie possède des élites et qui sont parmi les meilleures au monde et beaucoup de chercheurs et d’étudiants algériens travaillent sur l’introduction de l’IA dans le domaine de l’énergie, de la gestion de centrales solaires et électriques. Je peux dire que nous avons de bonnes compétences qui rivalisent à l’échelle internationale. Il faut savoir que lorsqu’on parle d’IA par rapport à la vie, on se retrouve confronté à un décalage entre ce qui se fait dans les laboratoires et la réalité du terrain.

Les objets connectés, par exemple, nécessitent une bonne connexion internet. Un système conçu pour l’analyse du trafic routier, dans la ville d’Alger par exemple, aurait besoin de capteurs d’informations en temps réel par rapport à chaque point et il n’est pas possible de développer un algorithme basé sur l’IA capable de donner les meilleurs schémas pour une meilleure circulation sans une bonne connexion.

-Le Livre blanc fait-t-il état de projets dans le domaine de l’IA ?

Oui. Nous avons accueilli des projets de télécommunication sans fil, des projets dans le «Big data», le «Cloud», le «Data mining» et la bio informatique pour le développement des médicaments. Cependant, le problème demeure toujours dans ce faussé entre l’état de l’art maîtrisé par les chercheurs et les secteurs qui ne se sont pas encore mis à niveau, en concordance avec les nouvelles technologies.


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