La tension persiste sur le lait pasteurisé dans la région d’Akbou et les agglomérations limitrophes, comme dans toute la wilaya de Béjaïa, à telle enseigne que mettre la main sur ce liquide chaste relève souvent de la chasse au trésor.

Dans nombre de quartiers, il faut attendre dès la pointe du jour que le commerçant du coin soit livré pour acquérir ce produit qu’aucun laitage, fut-il celui des «vaches qui (sou)rient» ne peut remplacer. Au niveau de supermarchés et de supérettes, le consommateur est sommé de subir le supplice d’une longue file d’attente pour avoir droit à une «ration» limitée à deux sachets par personne.

Et encore ! «Cela m’est arrivé à plusieurs reprises de faire le poireau durant de longues heures, sans avoir la chance d’être servi. Mon cas est, bien sûr, loin d’être unique. Le lait se fait si rare, qu’il est pratiquement impossible de satisfaire toute la demande exprimée», constate un retraité du quartier Arafou. «Il faut être au bon endroit, au bon moment. Voilà tout.

Ou alors il faut être de connivence avec le commerçant du coin pour qu’il vous réserve votre part et vous la refile après l’épuisement de la marchandise», témoigne un citoyen de Guendouza. L’occasion faisant le larron, des commerçants indélicats ne se gênent aucunement pour s’adonner à la vente concomitante, laquelle s’est progressivement incrustée dans les mœurs, apprend-on. «Pour deux sachets de lait pasteurisé, on vous fourgue deux autres sachets de lait de vache, qui coûte deux fois plus cher.

Des commerçants sans scrupule imposent, toute honte bue, un autre produit laitier ou une quelconque denrée alimentaire en mévente. A ce train, on ne s’embarrassera pas d’imposer au consommateur des stocks de marchandise avariée», dira, révulsé, un jeune père de famille, qui se refuse à se prêter à ce marché de dupes. Une filouterie cousue de fil blanc et dans laquelle le consommateur campe invariablement le rôle de dindon de la farce.

Il en est ainsi du surplus, illicite s’entend, de 5 DA qu’il est sommé de débourser pour deux sachets de lait pasteurisé. Un vol caractérisé et qui, curieusement, se répand et se banalise, tant il est toléré, voire même accepté de bonne grâce comme contrepartie d’un «service rendu». «Les gens sont, hélas, victimes de leur résignation. Ils savent pertinemment que le prix du lait pasteurisé est administré, mais ne rechignent pas à le payer plus cher. Sans doute pensent-ils que c’est le prix à payer pour accéder à ce qu’ils croient être un traitement de faveur», estime un habitant de la vieille ville.

Dans certains espaces commerciaux d’Ighzer Amokrane, où la vente du lait est soumise à une restriction tout aussi drastique, le produit est, bien souvent, refilé en sous main à de prétendus clients. Comme si cette notion était sous tendue par un contrat tacite entre le commerçant et le consommateur.

En vérité, cette pratique scandaleuse n’est rien d’autre que de la rétention de marchandise ou du refus de vente déguisée. «Il faut avoir le temps et l’énergie nécessaire pour parcourir la ville d’un bout à l’autre à la recherche d’un improbable sachet de lait, car il faut être un sacré veinard pour en trouver. Dans beaucoup de boutiques, le lait est épuisé sitôt arrivé», se désole un homme, la quarantaine.

Une situation qui fait ronger les sangs, car confinant à l’absurde. Les déclarations lénifiantes des pouvoirs publics sur la disponibilité de cette denrée de base sont battues en brèche par la réalité du terrain. Si ce produit à large consommation est détourné à d’autres fins, comme le prétendent certaines voix autorisées, qu’attendent les services concernés pour verbaliser et sévir contre les contrevenants ?


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